Dans le secteur du fundraising, et plus particulièrement sur le segment des grands donateurs et du mécénat, la question du retour sur investissement (ROI) revient de manière récurrente. Elle est souvent abordée avec des ordres de grandeur impressionnants – ROI de 10, 20, voire 100 – qui peuvent à la fois séduire et interroger.
Derrière ces chiffres se cache une réalité plus complexe, structurée par le temps, la relation et la maturité des dispositifs. Comprendre le véritable retour sur investissement du fundraising grands donateurs suppose de dépasser une lecture purement immédiate et financière pour adopter une vision plus stratégique et long terme.

Les programmes grands donateurs présentent des niveaux de rentabilité élevés comparés à d’autres canaux de collecte. En pratique, trois paliers se distinguent clairement :
Ces ordres de grandeur sont documentés par des benchmarks de référence : l’Association of Fundraising Professionals (AFP), les études annuelles de la Giving USA Foundation, ainsi que les analyses des cabinets spécialisés Blackbaud et CCS Fundraising.
Ces niveaux élevés s’expliquent par la nature même du fundraising grands donateurs : des coûts relativement concentrés sur l’humain (temps, expertise, relation) pour des montants de dons potentiellement très importants.
Le fundraising grands donateurs repose sur des cycles longs de 12 à 24 mois avant d’aboutir à un premier don significatif, ce qui explique un ROI nécessairement différé dans le temps.
Il faut généralement 12 à 18 mois pour initier et structurer une relation avec un prospect à haut potentiel, et parfois jusqu’à 24 mois pour aboutir à un premier don à la hauteur du potentiel réel.
Pendant cette phase, les coûts sont engagés alors même que les revenus ne sont pas encore réalisés. Le ROI peut donc apparaître faible, voire négatif, à court terme.
C’est seulement au moment de la concrétisation du don que l’effet de levier devient visible. Comme le résume très justement Hank Rosso, fondateur du Center on Philanthropy at Indiana University et pionnier du fundraising moderne : « Fundraising is the gentle art of teaching the joy of giving. »
Cette formule nous rappelle que la philanthropie et le mécénat sont avant tout une affaire de rencontres et de processus relationnel. Le temps investi n’est pas un coût perdu, mais une condition de réussite. En France, ce cadre est renforcé par la loi Aillagon de 2003, qui offre aux mécènes entreprises une réduction d’impôt sur les sociétés de 60 % des versements effectués, rendant l’engagement philanthropique d’autant plus stratégique.
Prospection vs. fidélisation : quel impact sur la rentabilité du mécénat ?
La distinction entre prospection et fidélisation est l’une des clés de lecture les plus importantes pour comprendre la rentabilité réelle d’un programme grands donateurs.
Dans cette logique, l’expert américain Joe Garecht, spécialiste du fundraising transformationnel, rappelle un principe fondamental : « Big vision, big gifts. Small vision, small gifts. » La capacité à engager les donateurs dans une vision ambitieuse est directement corrélée au niveau des dons — et donc à la rentabilité globale du programme.
Les campagnes majeures illustrent particulièrement bien la dynamique de rentabilité du fundraising grands donateurs. Elles s’articulent en deux temps complémentaires :
Dans ce cadre, quelques dons structurants peuvent représenter une part très significative des montants collectés — parfois 50 à 70 % du total dans les campagnes les plus performantes — contribuant fortement à l’élévation de la rentabilité globale.
La limite principale des approches traditionnelles réside dans leur focalisation sur le calcul classique du ROI = montant des dons / coûts engagés.
Cette vision, bien que nécessaire, reste incomplète sur le haut de la pyramide. Elle ne prend pas en compte ce que l’on peut appeler le ROI réel, qui intègre trois dimensions essentielles :
Dans certains cas, le ROI réel d’un grand donateur peut ainsi dépasser largement le ratio initialement observé, grâce à la combinaison de ces trois leviers.
Le développement de la philanthropie et du mécénat repose sur un modèle à fort potentiel de rentabilité, mais qui ne peut pas être appréhendé à travers une lecture court-termiste.
Si des ratios supérieurs à 5 sont fréquents dans les programmes matures, ils reposent sur trois facteurs déterminants :
Plutôt que de chercher une rentabilité immédiate, rarement atteinte sur ce segment, les organisations ont tout intérêt à considérer la valeur globale de chaque relation — financière, relationnelle et stratégique. La préparation et l’anticipation sont des conditions de réussite, synonymes d’investissement préalable.
C’est dans cette capacité à mesurer la performance dans sa globalité que réside la véritable excellence du fundraising grands donateurs et du mécénat.
Marie-Emilie Moyouana, Directrice Conseil Philanthropie et Mécénat
David Ajasse, Directeur Général
Sources :